Uranus, une autre approche du solstice d’hiver…

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La façon la plus classique de faire ces trois minutes de symbolisme, serait d’évoquer ce brave Janus qui regarde devant et qui regarde derrière, à moins que ce ne soit le contraire ; je pourrais vous parler aussi des saturnales, ces fêtes romaines qui tombaient à peu près aux environs du 25 décembre. Mais tout cela, vous le trouverez facilement, si cela vous intéresse sur Wikipédia.

Ce soir j’aimerais attirer votre attention sur Mircea Eliade, dont simplement le nom évoque des sciences mystérieuses. Mircea est roumain , né en 1907 . C’est un historien des religions, peut-être le plus savant du XXème siècle. Il est à l’origine du concept de Hiérophanie et, partant de là, du Hiérophante : prêtre qui explique les mystères sacrés , notamment les mystères d’Eleusis.
Il affirme la différenciation du sacré et du profane. L’espace profane ne donne aucune clé de comportement aux hommes ; il donne des règles de vie commune pour le bien de tous, mais n’est pas en lui-même porteur de signification. Ce qui est le cas inverse du sacré qui donne à l’homme une structure sans le forcer à y adhérer ; il est dans le libre-arbitre et c’est à lui seul qu’il incombe le devoir de se transformer.
On croirait voir ici une description des mystères maçonniques. Mais le mythe ne se révèle entièrement que la première fois, car celui qui le découvre le considère d’un œil neuf, non encore pollué par la raison.

Peut-être est-ce pour cela que nous avons le regret du temps passé, où tout était forcément plus beau,   car considéré par un regard tout neuf et ouvert à tout, sans songer à la moindre critique. 
Ce que nous souhaitons , c’est un retour à l’état primordial : « c’était mieux avant ». Cet état primordial, c’est ce que nous offre l’initiation, car elle nous permet de renaître à un état premier, et donc elle nous donne toutes les chances de nous construire avec l’aide de nos mythes et symboles qui du coup prennent toute leur dimension de Hiérophanie, révélatrice de vérité. C’est la lumière que nous demandons. Par elle nous avons la chance d’ouvrir les yeux sur un monde nouveau, mais savons-nous saisir cette chance ?  Je ne pense pas, dans l’énorme majorité des cas, car soit, dans le meilleur des cas, nous cherchons à raisonner cette Lumière, soit dans le pire des cas, on demande des simplifications de rituels ; car si on ne les comprend pas , autant s’en débarrasser, c’est plus simple.
Je pense qu’il faut au contraire les densifier, car notre matérialisme bloque notre passage du temps profane au temps sacré, et qu’il nous faut plus de temps pour ce passage et donc un accompagnement plus long que pour nos anciens. Cette soif de retour à un état premier, virginal même, c’est ce que nous trouvons partout dans le monde et à toutes les époques , dans les rites solsticiaux, et particulièrement le solstice d’hiver qui marque un début, et grâce auquel nos yeux décillés peuvent apercevoir une nouvelle espérance. Le solstice d’hiver, nous fait sortir du Chaos pour rentre dans l’Ordre :: Ordo ab Chaos , suivant la devise du REAA.

C’est cet éternel retour, fixé à une cadence annuelle, qui à chaque Noël , nous fait nous sentir meilleur, plus ouvert, plus en état de recevoir une promesse d’un temps meilleur, que nous concrétisons par l’échange de vœux et de cadeaux – et ce quelles que soient nos croyances. Car ceci est un rite autant naturel qu’immuable, et même si le sens profond a été perdu, cela est. C’est exactement la parole de Yavhe dans le buisson ardent : « Eyeh Asher Eyeh » : je suis celui qui est.   
Par extension le temps maçonnique nous appelle aussi à cette amélioration, à cet espoir par la proclamation du midi et du minuit. Ce séquencement du temps  nous donne une chance par jour de nous transformer, pensons-y avant d’aller nous coucher.

J’ai dit….
Enfin , pas tout à fait, il me faut justifier le titre de mon intervention 

J’aimerais terminer en vous lisant un court texte de Marcel Aymé, extrait de son livre Uranus et qui évoque ces cycles de régénérations dont je viens de vous parler
« Malheureuse planète, astre sombre roulant aux marches de l’Infini ! Je sens peser en moi la présence réelle d’Uranus ! L’astre sombre et glacé pèse sur tous les points de mon être ! Cette masse écrasante de noir, de négatif, de désespoir, de désolation, d’abandon, comme un mauvais rêve ! Et pourtant quelle réalité ! Et combien fidèle et ponctuelle, tous les soirs à onze heures et quart, le combat recommence ! A travers mon sommeil, toute la nuit, jusqu’à mon réveil, jusqu’à la délivrance du matin. Et quand je rouvre les yeux, je retrouve enfin la Terre, je reviens dans la patrie des fleurs, des rivières et des hommes. Qu’elle est belle la Terre ! Qu’elle est belle avec ses ciels changeants, ses océans bleus, ses continents, ses îles, ses promontoires, et toute la vie, toute la sève qui frémit dans sa ceinture et qui monte dans l’air et la lumière ! » 

 Je vous vois sourire, mais, moi, quand mon réveil me délivre, je suis comme le premier homme au matin du monde, dans le premier jardin ! Mon cœur se gonfle d’admiration, de joie, de reconnaissance ! Je pense aux forêts, aux bêtes, aux corolles, aux éléphants ! Aux bons éléphants ! Aux hommes. On ne peut rien penser de plus beau, de plus doux que les hommes. Rien n’est mauvais dans l’homme.

Il a dit

 

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