Marquer les angles ?

Classé dans : Minutes de l'Expert, Rite Français | 0

Pendant très longtemps les Maçons ont ignoré ce que voulait dire « Marquer les angles ». C’est une pratique discutable et sans réel fondement symbolique . En effet, même s’il se murmure çà et là que se sont les troupes stuartistes qui ont apporté la Franc-maçonnerie sur le continent, il n’est écrit nulle part que l’on doive adopter un cadencement et une démarche imitant la soldatesque. Un auteur anglais a une explication plus simple, voire simpliste, mais qui n’est pas dénuée de bon sens . Selon lui, cette habitude de marquer les angles vient d’une époque où les réunions se tenaient dans un lieu exigu ; lorsque l’habitude fut prise de ne plus tracer les tableaux de Loge à la craie, mais de les remplacer par des toiles peintes, on prit l’habitude de tourner et de circuler en suivant cette toile (faute de place) et donc de marquer les angles.

« Squarring the Lodge » a été mis en place en 1813 lors de la réunion de la Grand loge des Anciens et celle des Modernes, suite aux travaux des deux Loges d’instruction crées pour l’occasion.
Mais même en Angleterre, cette pratique ne se fait pas en permanence, seulement pour les réceptions et en compagnie du 1er et du 2ème diacre. Et, même en ces occasions,  toutes les loges anglaises ne le font pas.  
« Squarring the Lodge » ne se fait pas comme nous le voyons de nos jours, d’une façon saccadée et rigide ; cela se fait simplement en marquant un léger temps d’arrêt.
Cela ne s’est jamais pratiqué au rite Français ; et par ailleurs cela convient d’avantage aux rites dont le pas commence du pied gauche, ce qui permet de pivoter sur le pied droit arrivé à un angle et de partir en droite ligne du pied gauche. C’est beaucoup plus hasardeux pour ceux qui commencent du pied droit.

Alors pourquoi le faire ?
Après la guerre, les Obédiences se restructurent et font le ménage dans les rituels. 1950 C’est la finalisation du « rituel Groussier » ; bientôt le Rite Français allait renaître de ses cendres.
 Pendant ce temps, à la GLDF on se demande comment on va se faire reconnaître (déjà) par la GLUA et on s’inspire de ce qui se fait Outre-Channel.
 En 1953, arrive donc dans le REAA le marquage des angles , avec une rigueur inconnue ailleurs – comme aurait dit Coluche, c’est plus blanc que blanc.
Pendant ce temps-là au GO:. , le F René Guilly cherche dans les archives poussiéreuses, déterre les anciens devoirs et essaye de voir comment on pourrait revenir aux anciens usages, à partir de cela ; et il crée en 1955 le « rite français moderne rétabli ». 
Rappelons que, après un passage par la Grande Loge nationale française-Opéra, devenue depuis la Grande Loge traditionnelle et symbolique Opéra, il fonde en 1968 la Loge nationale française . Il a aussi marqué le domaine des hauts-grades avec le réveil, en 1963, des Ordres capitulaires du Rite français au sein du souverain chapitre « Jean-Théophile Désaguliers »  et la création, en 1974, du Grand Prieuré de Neustrie .
Or Guilly sait très bien que marquer les angles n’existe pas au Rite Français ; cependant cette pratique se repend si vite qu’il est difficile d’y échapper. La poire sera coupée en 2  : on ne marque les angles que lorsque le tableau de Loge est à la vue de tous. C’est-à-dire que l’on considère à juste raison que le tableau de Loge est l’élément important du rituel ; ainsi la Loge est véritablement ouverte lorsque ce tableau est rendu visible et , elle est fermée lorsque le tableau est caché à nouveau. C’est dans cet espace temporel que le Rite français pratique le « Squarring the Lodge »

Jusqu’à maintenant , aucun auteur maçonnique n’a donné d’explication symbolique à cette façon de faire, se contentant de parler de rigueur ou d’embellissement de la cérémonie. Cependant en lisant attentivement les anciens devoirs on découvre que  dans un rituel ancien il est dit :
– Qu’est ce qui soutient la Loge ?
– Dieu et le Carré.
Tourner dans le sens des aiguilles d’une montre en marquant les angles par angle droit a bien une valeur symbolique. Le carré symbole du monde est lié ainsi au Cercle symbole de l’infini ; l’homme de Vitruve en est la parfaite illustration. Remarquons cependant que le centre du cercle est le nombril et que le centre du carré se trouve à l’emplacement des organes génitaux, ce qui éclaire d’un jour particulier le « G » dont on dit qu’il est, entre-autre, l’initiale du mot Génération.

Le Maçon est un humain inscrit, et conscient de ses possibilités, dans un univers qui devient à sa mesure. Continuons donc mes FF:. à marquer les angles.

 

Laisser un commentaire