Lorsque Jacques II Stuart arrive en France à Saint-Germain en Laye en 1689, il ne se doute sûrement pas que les régiments de sa garde apportent avec eux un arbrisseau qui deviendra rapidement la Franc-Maçonnerie française. Bien sûr, il nous manque quelques éléments de preuve, mais on peut admettre que la première loge de France fut « La Parfaite Egalité », loge du régiment de la garde irlandaise, tandis qu’en même temps apparaissait la loge « La Bonne Foi », loge du régiment écossais. Ce que l’on sait, c’est qu’en 1776, la loge : « La Parfaite Egalité », demande au Grand Orient de France une régularisation de sa Constitution, ce qui lui fut accordée le 13 mars 1777.
Il faut sûrement admettre que le Rite pratiqué était très primitif et sûrement très proche du manuscrit d’Edimbourg de 1696.

Rappelons que lors de la réunion de Londres de 1717, il n’y a plus que quatre loges à Londres, et que ses membres parviennent à se réunir dans une pièce de 24 m² environ, ce qui nous donne une idée du nombre de Francs-Maçons de Londres. En France, le développement réel de la maçonnerie commença dans les années 1720. Même si l’on reconnaît que la première loge de source anglaise en France fut « Amitié et Fraternité »  à l’Orient de Dunkerque, la maçonnerie française débuta réellement rue des Bouchers à Paris vers 1725 et elle recevra en 1732 les patentes officielles de la Grande loge de Londres, sous le nom de « Saint Thomas N° 1 », se réunissant à l’enseigne du « Louis d’argent », toujours rue des Boucheries.
L’existence d’un Grand Maître est attestée dès 1728 en la personne du duc de Wharton. Après Maclean qui rédigea les statuts de 1735, la nomination de Radcliffe comme Grand Maître est le point de départ d’une maçonnerie française indépendante de la maçonnerie anglaise, notamment avec la création de la « Grande Loge de France » le 24 juin 1738 dirigé par le duc d’Antin. Après le décès de ce dernier, c’est Louis de bourbon Condé, comte de Clermont qui lui succéda jusqu’en 1771. À son décès il fut remplacé temporairement par le duc de Montmorency Luxembourg 1771 à 1773 qui agira comme une sorte de mandataire judiciaire, chargé de liquider ce qui restait de la Grande loge de France, pour parvenir à l’avènement du « Grand Orient de France ». Ce qui fut fait en 1773 avec la nomination de Louis-Philippe d’Orléans comme Grand Maître. c’est sous son mandat que le Rite français allait prendre la configuration que nous lui connaissons aujourd’hui à la GLTSO.

Quels furent les rituels observés pendant ces 60 années d’évolution de la maçonnerie française ? On en a une bonne idée en consultant les textes d’origine anglaise avant 1725-1730 et les diverses divulgations qui ont succédé, ainsi que ce que l’on peut lire, maintenant dans les transcriptions des rituels divers de l’époque. Les rituels, quels qu’ils soient, sont une sorte de mise en scène de quelque chose de plus profond, de plus secret, que l’on trouve en grande partie dans l’évolution de l’instruction des apprentis-maçons.
En lisant le document ci-joint (en construction), vous pourrez prendre connaissance de cette évolution. Vous verrez comment, au fil du temps, on a fini par trouver une synthèse acceptable : c’est le texte de 1785, repris en grande partie dans le régulateur du maçon de 1801.

Les évolutions postérieures à 1801, notamment avec le rituel de Murat en 1858 et celui d’Amiable en 1887, donnent une idée de la pensée maçonnique au XIXe siècle, qui va passer d’un spiritualisme religieux accepté (Murat) à une pensée positiviste (Amiable). Encore que, vous le constaterez, le rituel Amiable n’est pas aussi négligeable que certains veulent bien le présenter. Il conserve de grandes parties de symbolisme, tout en se détachant du concept de Grand Architecte de l’Univers, pour laisser la place à la raison et aux grands mots de la fin du XIXe siècle : « liberté, égalité, fraternité, solidarité ». Il est à remarquer que lors du convent de 1875, fut abandonnée l’obligation d’ouvrir les travaux à la gloire du Grand Architecte de L’Univers. L’abandon de cette obligation ne voulait pas dire interdiction : les loges étaient libres de faire comme elles l’entendaient. C’est encore le cas de nos jours, quoique l’emploi du terme GADLU soit assez peu fréquent dans les Loges du Grand Orient, mais on ne peut pas soutenir que ce terme en soit complètement absent. Les successeurs d’Amiable ont fait de son rituel presque une parodie, à tel point que les tenues consistaient essentiellement à des discussions politiques auréolées de la pensée socialiste naissante et du positivisme.

Après la guerre de 14, le Rite français avait quasiment disparu, lorsque le nouveau Grand Maître du Grand Orient, Arthur Groussier, entreprit de redonner au Rite Français ses valeurs symboliques et traditionnelles. Ce Rite mit à peu près 20 ans à s’établir et à être diffusé à l’ensemble des loges du Grand Orient vers 1955.
C’est à cette même période que le Frère René Guilly décida de pousser un peu plus loin la recherche d’un Rite français d’origine, ce qui donnera
– d’une part le Rite français rétabli, en recherchant les sources les plus anciennes de ce qui se faisait en France avant 1785,
– et d’autre part le Rite français traditionnel qui est celui pratiqué et divulgué en 1801.

En consultant le document joint à ce texte (en construction),vous verrez que le Rite n’a pas fondamentalement changé, il a évolué. On n’était pas toujours sûr de l’origine des Loges, pas toujours d’accord sur le nombre de membres, point encore sur les points de reconnaissance, mais on sent la progression de l’idée maçonnique, et surtout on se rend compte à quel point tout cela se peaufine d’année en année pour aboutir à ce que nous connaissons aujourd’hui.

L’arbrisseau planté un jour par les gardes de Jacques II Stuart est devenu le tronc d’un arbre puissant et prolifique qui s’orne de nos jours de nombreuses branches glorieuses et magnifiques que l’on appelle : Rite écossais rectifié, ou Rite Écossais Ancien et Accepté ou Rite de Memphis, et enfin tous les Rites pratiqués en France qui sont partis de ce même tronc solide qu’est le Rite français traditionnel et moderne pour trouver leurs voies vers la Lumière. Notre devoir est de garder ce tronc aussi solide que possible en conservant la pureté de l’enseignement diffusé par le Rite Français Traditionnel.
L’étude évolutive de tous ces textes doit permettre à tout franc-maçon, de comprendre un peu mieux le Rite, et aussi de mieux saisir ce qu’il  vient faire en loge.

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