Libertin irréligieux

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Combien de fois n’avons-nous pas entendu d’explications, d’affirmations contradictoires sur ces deux mots issus des Constitutions de 1723 ? Le texte remarquable, ci-dessous, écrit par un F :. Ligérien, apporte un éclairage nouveau sur les motivations des rédacteurs de ce document fondamental de la Franc-maçonnerie. Bonne Lecture !

« Corneille a pris le ciel, Racine la terre ; il ne me restait plus que l’enfer ; je m’y suis jeté à corps perdu. »
Crébillon (père), dramaturge libertin.

L’idée de liberté et le rite français.
Il ne faut pas confondre liberté et libertinage, ni libertinage de débauche et libertinage d’érudition.
Quelques similitudes entre les libertins d’érudition et les Francs-maçons m’ont incité à émettre une hypothèse audacieuse.
– D’abord, un lien fort entre le rite français – habité de façon consubstantielle du concept de liberté, …  et les divers érudits, astronomes, penseurs, théologiens qui n’ont cessé au cours du XVIIème siècle de s’approprier une liberté de pensée contre tous les dogmes en prenant de vrais risques pour eux-mêmes. Cette exigence de liberté du rite (rit) pousse ses pratiquants à abandonner une dizaine de pratiques hétéroclites avec la volonté d’organiser autour de règles, de constructions symboliques et de pratiques régulées et maîtrisées, un cadre garant de la libertéde penser, abstrait de contingences importunes.
– Et puis, la liberté, c’est une transgression : nous sommes des êtres vivants, et la règle absolue de la vie c’est de persister dans son existence coûte que coûte. Or, l’humain, par exemple le héros qui meure pour une cause qu’il estime supérieure à la causalité empirique naturelle, transgresse la loi naturelle au nom d’une cause rationnelle transcendantale. La liberté absolue de conscience ne peut s’appliquer qu’à des esprits capables de dominer les différents déterminismes par l’examen de leur raison. Braver la mort, abdiquer sa survie, parce que ses écrits sont condamnés (le courage de papier de Mauriac), ou parce qu’il faut s’exposer à la mitraille en défendant sa patrie (le courage de feu), ou accepter l’enfermement, l’humiliation et la torture pour affirmer sa vérité (le courage de pierre de Cesbron), c’est affirmer l’humanité de tous les humains, même celle des traitres ou des lâches.
Spinoza se méfiait de cette capacité qui met l’homme en dehors de la nature (l’empire dans l’empire disait-il !), et bien sûr, cette idée a été réprouvée par les nazis au nom de la nécessité de préserver les prétendus autoproclamés « meilleurs » des pollutions des sous-races moins armées pour la survie, prétendaient-ils ! Pourtant, même si le concept de libre arbitre a donné lieu à bien des querelles théologiques et philosophiques, comment faire cohabiter un déterminisme intraitable et le droit de choisir pour l’humain ?
L’exercice de notre liberté peut apparaître comme un défi aux dieux, l’hubris des Grecs, mais c’est le prix, parfois cher, de notre accession à l’humanité.

Une organisation rigoureuse de la pratique maçonnique et une acceptation lucide de la dimension rationnelle de l’homme sont la marque du rite français et cela, peut-être, en raison d’une de ses éventuelles origines à laquelle j’ai fait allusion plus haut. 

Les rapports entre le rite français et le XVIIIème siècle ont été magnifiquement explorés par des auteurs, des chercheurs de grande qualité, et plutôt que de les recopier – je sais que votre sagacité vous a déjà poussés à les lire et si ce n’est pas fait, je ne peux que vous inviter à le faire – je n’aurai pas la grossièreté d’édulcorer dans une synthèse imparfaite et insultante de brièveté la richesse de leurs travaux. Donc, le XVIII ème siècle n’a pas besoin de ma réflexion maçonnique.
La renaissance, le XVIème siècle, a vu ses richesses largement exposées. Enrichissement du vocabulaire par l’apport des œuvres latines, grecques et hébraïques de l’antiquité. Un contact direct avec les textes qui permet aux érudits une interprétation personnelle et des échanges fructueux dans les traductions et interprétations. Le luthéranisme, le calvinisme, et de multiples hérésies, ou moins violemment, de multiples versions des religions monothéistes, accompagnées de mouvements populaires plus ou moins rebelles.
Mais, le XVIIème siècle me paraît, peut-être, je le dis avec précaution, peut-être un peu, sous certains aspects, moins connu que son père et son fils. Des interrogations sur d’éventuelles origines propres au rite français, à ma connaissance, sont peu développées, ou en tous cas sans abondante littérature.

Le rite français a-t-il des racines au XVIIème siècle ?

Commencement d’une recherche et choix des termes!
Dans les premières constitutions d’Anderson, celles de 1723, j’ai rencontré l’expression « athée stupide et libertin irréligieux » ; je n’ai vu là qu’un interdit sans conséquences particulières, tant il me paraissait naturel qu’un religieux (et même deux : Anderson et Desaguliers) évoquât l’athéisme et le libertinage comme des attitudes incompatibles avec la franc-maçonnerie qu’il était en train d’établir, et même qu’il les accompagnât d’épithètes bien senties pour faire bonne mesure. Je n’avais vu que l’emphase et n’avais pas perçu les motifs politiques ni le sens historique de cette alliance de substantifs et d’épithètes.
Au cours de mes rencontres maçonniques, j’ai eu le bonheur d’échanger avec des SS et des FF dont les choix, croyances, options philosophiques, foi… relevaient de la raison ou de la révélation, ou des deux. Echanges sereins, car les tenants de la révélation – qui ne se discute pas, et les tenants de la raison – qui discute tout, étaient si fraternels que chacun acceptait de voir l’univers à la fenêtre de l’autre sans pour autant abdiquer ses propres convictions.
Sans vous épuiser avec l’histoire des longues durées, quelques mots.
Nos lointains ancêtres « chasseurs-cueilleurs » avaient une activité dominante vitale, qui a laissé des traces aujourd’hui, eh oui. Les hommes avec leur couteau dans la poche et les femmes avec leur sac à main, mais surtout, les chasseurs, les pécheurs, les ramasseurs de champignons ou d’airelles, perpétuent la tradition… Puis l’agriculture et l’élevage, devenus le jardinage, les animaux domestiques, … Et l’industrie, devenue le bricolage, l’établi dans le garage, sans parler de la révolution électrique puis numérique, déjà dépassées par l’utilisation des PC, tablettes etc… Et les drones et autres robots. Et bien oui, dès lors qu’une activité essentielle devient une activité de loisirs, il faut s’attendre à une évolution précipitée ! L’intelligence artificielle est d’ores et déjà entrée dans nos loisirs… Mais tout va vite, très vite, et les certitudes explosent sous cette poussée, les cadres sont trop étroits.

C’est ce qui s’est passé entre le XIVème siècle et le XVIIème siècle ! C’est allé moins vite, mais les mécaniciens vous l’expliqueraient mieux que moi, lorsqu’un corps se met en mouvement, il doit vaincre un problème d’inertie, en revanche, après… Les penseurs, les savants, les intelligences dont je souhaite vous parler, ont souvent donné l’exemple de brillantes réflexions qui ont marqué l’histoire de la pensée européenne.

Un peu d’histoire.
Dans le domaine des croyances, la même permanence que dans la production persiste.
Dans un premier temps, l’animiste voyait en tout être un égal, …herbe, arbre, animal, insecte, vent ou pluie, etc.…Il voyait tout ce que ses sens percevaient comme une forme de fratrie au sein de la vie.
Puis, le polythéisme permit à chacun d’avoir les dieux dont il avait besoin, un pour les guerres, un pour les champs, un pour la famille, …et comme ça, il savait qui prier  en fonction de ses besoins.
A ces croyances, s’est ajouté le dualisme, qui voyait le monde créé par un dieu bon et par un dieu méchant,… Son prophète connu est Zoroastre qui recevait ses disciples à midi et les congédiaient à minuit. Cela explique le principe d’un mal de force égale à un dieu bon que l’homme doit aider…
Et puis arrive le monothéisme  qui depuis domine une grande partie de la planète et qui, habité par un amour fondamental de l’homme, les a massacrés formidablement, contrairement aux polythéistes.
Aujourd’hui, pourtant, si nous nous penchons sur les vraies croyances, nous sommes bien obligés de considérer que la plupart des croyants se réclament d’un dieu unique, prient des saints multiples ou des prophètes comme les polythéistes, redoutent le diable et l’enfer comme les dualistes, et s’interrogent sur l’âme de la nature comme les animistes. Donc, nos monothéismes sont largement imbibés d’animisme, de dualisme et de polythéisme.

Ces réminiscences accumulées provoquent bien des querelles  au XVIIème.
Des documents datant de 1640 à 1643 relatent la querelle d’Utrecht qui opposa René Descartes à Gisbertus VoetiusUtrecht est une ville des Pays-Bas qui comptait un collège, une université dirait-on aujourd’hui, que des professeurs, calvinistes essentiellement, de très haut niveau, avaient rendu célèbre dans toute l’Europe. Bien des penseurs libres qui parcouraient l’Europe y ont résidé. « Le discours de la méthode » a séduit de nombreux esprits, et l’audace de ses positions en a hérissé d’autres. Régius (il s’appelait Leroy !) est l’un des disciples de Descartes ; comme le sont souvent les fans, Regius est raide dingue (pardon, je ne suis plus dans le XVIIème, j’y retourne immédiatement !), Regius est fasciné par le matérialisme de Descartes. Il publie aux Pays Bas les pensées de son maître, ou plutôt ce qu’il en a compris. Comment ? s’écrie in petto Voetius, qui est le maître à penser calviniste du collège d’Utrecht : la confusion du corps et de l’âme, le monisme (ndlr – qui s’oppose au dualisme et au pluralisme), ferait de l’âme une substance ; donc l’âme serait corruptible et non immortelle ? Et l’étincelle divine dans tout ça ? Horreur, malheur, etc… Là, bien sûr, ce serait mettre les pieds dans un débat qui, sous le nom d’hérésie, de transgression et de libertinage, pouvait conduire au bûcher tout aussi surement que douter que Jérusalem est le centre du monde ou prôner l’héliocentrisme. Tout ça sent l’empyreume (ndlr – en rapport avec la braise !).
Voetius envoie au combat son fidèle disciple Martin Schoock qui publie un livre en 1642 contre Descartes. Entre autres amabilités, il traite René Descartes « d’athée et de libertin ». « Athée et libertin » : en 1642 ! Comme en 1723 ! Et si les constitutions d’Anderson, celles de 1723, réagissaient au souvenir de ces querelles pour appeler à l’union ? L’évocation d’une religion naturelle semblerait l’attester.
De plus, emporté par son élan, Martin Schoock propose que Descartes subisse le sort de Vanini.

Giulio Cesare Vanini, libertin célèbre, fut atrocement supplicié en 1619 à Toulouse.
Pourquoi cet Italien ecclésiastique, philosophe, poète, se trouvait-il à Toulouse ? Malgré son jeune âge, une trentaine d’années, il fuyait à travers l’Europe depuis que ses écrits lui avaient valu la profonde réprobation de l’Eglise. Son athéisme et son homosexualité étaient considérés comme des crimes. Son charisme et son dynamisme aggravaient les choses. Son dernier cri est resté célèbre : la foule des témoins de son exécution, place du Salin, en a témoigné. Le bourreau lui a arraché la langue avec une tenaille, et Vanini poussa alors un hurlement d’une force inouïe puis … il fut brûlé.
Cela ne vous fait pas envie, et à Descartes non plus. Celui-ci dénoncera prudemment les excès de son élève zélé Réjus, et affirmera une croyance en Dieu sans faille.

En ce début du XVIIème siècle, et en fait depuis quelques décennies, des penseurs s’éloignaient de la pensée conventionnelle imposée par les Eglises et les théoriciens officiels. Ils n’acceptaient pas les différents dogmes religieux et exploraient des voies philosophiques audacieuses.
La liberté de concevoir l’univers. Nous pouvons les appeler « esprits libres », penseurs scientifiques ou philosophiques et le plus souvent les deux, mathématiciens, astronomes, médecins ou biologistes, écrivains parfois sociologues avant l’heure, poètes, penseurs. Leur liberté d’esprit pouvait mêler des catégories intellectuelles que nous avons établies plus tard, peut-être à tort.
Avec de nombreuses réflexions théologiques divergentes  (quiétisme, jansénisme,…) le XVIIème devait être un siècle religieux.
Arrivent les trouble-fête ! Quand des esprits rebelles, pourtant souvent privilégiés socialement, nobles, membres du haut clergé, viennent bousculer l’équilibre établi entre les croyances issues du XVIème siècle, les grands de l’Église et les puissants de la terre vont le leur faire payer.
Martin Luther, au XVIème siècle, les avait déjà désignés comme ses ennemis en les nommant « les libertins » (de libertinus, signifiant en latin « esclave affranchi »). Ces esprits indépendants étaient attachés à la liberté de conscience et ne souhaitaient pas faire allégeance à une idéologie, certes un peu différente du catholicisme, mais tout aussi contraignante, à leurs yeux, pour l’esprit. Les mêmes libertins étaient considérés par la contre réforme catholique comme ses pires ennemis, plus que les réformés ou les luthériens.

Pourquoi ? Que se passe-t-il en Europe depuis trois siècles ?
La grande peste, la peste noire, qui tua en cinq ans au milieu du XIVème siècle entre un tiers et la moitié de la population d’Europe occidentale, fut présentée par l’Eglise comme le fléau de Dieu ; mais les peuples n’ont pas adhéré à cette idée. L’horreur de cette calamité a plutôt éveillé un doute quant à la bienveillance divine et la sincérité des affirmations de l’Église catholique. Héritiers de ses doutes, des mouvements de contestation de la religion se font jour. Des prédicateurs s’enhardissent à prêcher des conceptions théologiques « déviantes », des hérésies.
C’est pourquoi, en 1415, à Prague, Jan Hus, un théologien, prédicateur brillant qui attire d’après les témoignages de l’époque jusqu’à trois mille pèlerins lors de ses prêches et cherche une autre vérité chrétienne,  est  brûlé en place publique pour hérésie. Pourtant, son message, un siècle plus tard, en 1515, dans la bouche de Martin Luther connaîtra le succès.
Si les deux situations diffèrent sur plusieurs points, il est un aspect qui crée une vraie différence : l’invention de l’imprimerie au milieu du XVème siècle fait passer le nombre de bibliothèques de 20 en 1450 à plus de 250 au début du XVIème siècle en Europe occidentale, essentiellement France , Italie, Empire allemand et états liés, Grande-Bretagne, Pays-Bas et zones proches. Ce contact direct avec les textes originels de la chrétienté, l’Ancien et le Nouveau Testament, mais aussi avec d’autres documents  issus de l’antiquité gréco-latine, suscitera chez les érudits de nombreuses interrogations et contestations du discours « officiel ».

L’émergence de l’individu ou « indivisum in se, divisum ab alio ». (indivisible en soi, divisé du reste)
Une circulation d’idées hétérogènes,  très individualistes, et même jalouses de la dimension personnelle de la pensée de chacun, se développe à travers toute l’Europe ou presque. Des réseaux très complexes  et très actifs mais aussi très secrets s’établissent dans des complicités internationales improbables. Le caractère scientifique des observations astronomiques des Copernic, Bruno, Galilée, Gassendi, Lord Francis Bacon… ne touchent pas que les étoiles ; si Jérusalem n’est plus le centre de l’univers, que devient le centre de la Chrétienté – le Pape, le centre du pays – le roi, le centre de la famille – le père… C’est un bouleversement cosmique, certes, mais aussi théologique, politique, sociologique, qui détruit toutes les certitudes de l’époque.
En 1943, époque où parler de liberté en France comportait certains risques, un professeur de la Sorbonne réussit à publier sa thèse,  une œuvre magistrale : « les libertins d’érudition au XVIIème siècle ». Il s’agit de René Pintard qui nommera libertins d’érudition ces penseurs très indépendants ; ils ne formeront jamais un vrai mouvement, aucune structure identifiée ne se formera. Aucun ne sera intronisé ni exclu. De très nombreux écrivains, philosophes, scientifiques, sont répertoriés par René Pintard. Certains sont connus, mais se sont prudemment éloignés de l’étiquette  de libertins, d’autres ont été largement occultés par les forces religieuses ou séculaires.
Il convient d’être prudent dans la distinction entre libertins de mœurs ou de débauche et libertins d’érudition : Pierre Gassend, dit Gassendi, curé de Digne, vécut en ascète absolu et ses paroissiens considéraient comme un saint, ce passionné d’astronomie à la recherche des éclipses qui étaient son étoile. Le libertinage d’érudition que l’on appelle plutôt aujourd’hui libertinisme, justement pour éviter la confusion avec les bars à champagne échangistes, ne se confond que très rarement avec la transgression à des pratiques morales contraignantes. Je ne vais pas dresser la liste des intelligences ici concernées, et de leurs trouvailles ou plutôt leurs éclairs de génie tant sur le plan philosophique, théologique que scientifique, mais comment ne pas ausculter ce qui fut occulté.
Giordano Bruno (1548/1600), humaniste véritable et astronome exceptionnel qui plaidera pour la pluralité des mondes, ce qui retirait à Jérusalem son titre de centre de l’univers ; il fut brûlé en refusant de se rétracter en 1600 à Rome, après dix ans de procès, donc de torture.
Galilée(1564/1642) fut moins entêté mais marmonna (peut-être) « sic movet » (et pourtant elle bouge) quand le clergé l’obligea à reconnaître l’immobilité de notre planète, garante du fait que Jérusalem était centre de l’univers.
Théophile de Viau, classé comme un plaisant poète baroque, jouant des deux inconstances qui rendent notre vie semblable à une bulle de savon – la blanche plutôt gaie, et la noire désespérée ! Accusé d’avoir collaboré à une œuvre collective de poèmes licencieux, il fut emprisonné trois ans dans des conditions très dures et il mourut, à 36 ans des suites de cette incarcération.
Et plusieurs centaines d’autres!

Le libertinage d’érudition, le libertinisme et la Franc-Maçonnerie ont-ils un lien de filiation ? Et si oui, le rite français est-il particulièrement influencé par les libertins érudits ?
Avoir dans son arbre généalogique un oncle pervers, vicieux et immoral, ça n’enthousiasme pas vraiment.
Il n’en est pas question au XVIIème car les philosophes catalogués comme libertins d’érudition sont le plus souvent d’une haute élévation morale, d’un humanisme profond et leur seul souci est leur combat pour la vérité contre  l’obscurantisme ! Rien à voir avec les soupers fins du Régent ni avec la littérature érotique … Partageant abondamment entre eux, défendant leurs convictions parfois antagonistes, mais sans haine, lors de disputes spirituelles respectant les parti-pris philosophiques, religieux et  scientifiques des uns ou des autres, ils illustrent la libération de la pensée dans le courage ou plutôt, les courages. Entêtés, jusqu’au bûcher parfois, ils sont tenus à une grande discrétion et utilisent souvent un langage ambigu par crainte de poursuite. Les éditeurs  de l’époque étaient souvent « pirates », et ne s’embarrassaient pas d’autorisations officielles. Ainsi, la censure s’exprimait plutôt à postériori. Certains, comme Saint-Evremond ne se soucièrent même pas de publier malgré un talent reconnu.

Que dire de ces libertins ? Qu’ils étaient athées ? Pas tous ! Qu’ils étaient stupides ? Jamais ! Qu’ils réclamaient la liberté ? Oui, mais d’esprit seulement.  Qu’ils étaient irréligieux ? Parfois…
Ne vous rappellent-ils personne ? Le secret, devenu discrétion, maçonnique n’est-il pas, un peu, leur héritage ? La liberté absolue de conscience est un de nos principes!
Dans les constitutions de 1723, que viennent faire ces athées et libertins ? Qu’est-ce qui pouvait justifier de désigner ce type d’individu comme interdits de franc-maçonnerie ?
A moins que certains esprits curieux ne fassent un fâcheux rapprochement dangereux pour la Franc-maçonnerie entre la religion naturelle propice à l’union et les propos des penseurs libertins, traits d’union entre la renaissance du XVIème et les Lumières du XVIIIème.
Alors, n’est-ce pas pour se prémunir contre d’éventuelles critiques ou même attaques, en prenant la précaution de se garder de toute sympathie pour ces Athées, Déistes, Libertins, qui avaient pourtant nourri les bases mêmes de la liberté de penser ? Pas de ça chez nous ? Etait-ce bien sincère ou seulement prudent ?
Le rite français se pratique sous diverses formes, il offre une liberté de pensée respectueuse de toutes les convictions individuelles pourvu qu’elles soient compatibles avec les valeurs fondamentales de la franc-maçonnerie.
Il tient toute sa place dans la lutte contre l’obscurantisme, la superstition, le mépris de l’humain.
De surcroît, comme ses brillants esprits du XVIIème, le rite français aime la multiplicité et l’individualisme, la créativité et la tradition, prône le courage et ne se contente pas d’une tolérante indifférence face aux autres rites mais bien au contraire manifeste un intérêt affectueux pour tout ce qui est humain.

C’est par son indépendance, son invitation à accepter l’autre, à épouser dans son fonctionnement la vitesse indispensable à comprendre un univers dont l’expansion physique entraîne une nécessité de bouleversement philosophique permanent, que le rite français, s’il n’oublie ni son sac à main, ni son couteau dans la poche, ni son passé depuis l’aube de l’humanité, ni les penseurs , martyrs ou non, de notre histoire, et, en l’occurrence ceux du XVIIème , ces hommes qui ont été sacrifiés dans des bûchers, au sens propre ou figuré, bûchers dont les flammes nous éclairent encore, le rite français, adogmatique mais ouvert et respectueux, sera le bon outil pour affronter l’avenir.

 J’ai dit.

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