La Planche (1ère partie)

Classé dans : Minutes de l'Expert, Symbolisme | 1

Quelle étrange société que celle des Francs-Maçons.
On y taille sa pierre, en faisant des planches, et le tout sous l’autorité symbolique d’un maître qui s’est illustré dans le travail des métaux. Je vais laisser Hiram à ses métaux, la pierre à qui la veut, pour me consacrer à la planche. En effet, les Francs-maçons français planchent, pas les anglais. On peut se demander quelle est la raison de ce mot, choisi semble-t-il d’un commun accord tacite par toutes les loges de toutes les obédiences. Une chose est certaine, une planche n’est pas le morceau de bois qu’aurait pu travailler Joseph du côté de Nazareth.

Alors , d’où provient ce terme ?
Il faut sans cesse le rappeler, la Maçonnerie, telle que nous la connaissons de nos jours, a été fortement imprégnée par l’origine sociale de ses membres dans la seconde partie du XIXème siècle. C’est à cette époque que l’on a vu s’équilibrer le nombre de FF :. provenant d’emplois dits libéraux (médecins, avocats , notaires etc.) avec ceux provenant de la fonction publique (notamment les membres du corps enseignant à tous niveaux, et ceux des grands corps de l’Etat , « en leurs grades et qualités » comme il se disait à l’époque dans les discours officiels). C’est à ce moment qu’est apparue la nécessité de faire des « planches » en Loge, afin de démontrer l’état d’avancement de ses connaissances symboliques. On y voit dans cette sorte d’examen, l’influence du corps professoral qui introduit ses habitudes dans la pratique maçonnique.

D’après Roger Dachez, le mot de planche vient également de nos écoles de la troisième République. Dans ce temps- là, le tableau noir était appelé « la planche », et les élèves qui montaient sur l’estrade pour écrire, dessiner sur le tableau étaient comme de petits francs-maçons : ils « planchaient ». Une grande différence cependant, eux savaient lire et écrire, en théorie……
Je me souviens à ce sujet que lorsque, au lycée,  nous sortions d’une composition où plusieurs sujets étaient proposés, on ne disait pas « qu’as-tu choisi comme sujet ? », on disait plus simplement « t’as planché sur quoi ? »
Comme la rivière va toujours dans le sens du courant, le mot « planche », plus simple, a été préféré à la locution « morceau d’architecture », pourtant employée dans le Régulateur du maçon de 1801.

Est-ce que cela veut dire que nos anciens planchaient ?
Pas du tout , je n’ai trouvé aucune trace de planches symboliques lues en tenue , avant le rituel Amiable. On a toutefois une sorte de planche datant de 1744, éditée par la Loge écossaise de Toulouse à l’occasion du feu d’artifice tiré en l’honneur de la guérison de Louis XV. Il s’agit d’un opuscule de cinq pages expliquant les symboles de la construction en forme de rocher, et de la grotte élevée pour cette occasion. C’est une sorte d’ode à Harpocrate, le Dieu du silence qui vit dans une caverne.

Il serait faux de dire que l’on ne parlait pas en Loge, mais ce n’étaient pas des planches, mais plutôt des discours lus par des sommités maçonniques, et aussi par le Frère Orateur et par tout autre dignitaire. On peut trouver un exemple de ce qui se disait, dans le « cours philosophique et interprétatif des anciennes initiations » de Jean-Marie Ragon, 1841 (que l’on trouve sur le site du Rit de France).
Exemple

« G:.0:. DE FRANCE.
Orient de Paris, le 10 mars 1840.
Planche du F. Bazot, chef du secrétariat du G:.O:.
au F:. Ragon,
Pour l’informer que le G:.0:., en Comité central, a dans sa séance du 25 février dernier, autorisé l’impression du Cours philosophique et interprétatif des initiations ancienne et modernes, et qu’Extrait du procès-verbal lui sera transmis plus tard. »

Il faut comprendre dans ce cas , la « planche » comme une communication officielle.

Cependant il était bien prévu que des FF :. s’expriment sur des sujets à leur convenance, mais ….aux Agapes. Reprenons le Régulateur : dans le texte original reproduit par Pierre Mollier, à la page 48, on peut lire :

Note : Après la santé des visiteurs (5ème santé), si quelque F:. a des cantiques à chanter, ou quelque morceau d’architecture à lire, il peut le faire, en demandant la parole. Il est même à propos de chanter quelques-uns de ces cantiques moraux qui ont été faits sur le but de la Maçonnerie, et qui, chantés en chœur, portent dans l’âme une douce émotion, en célébrant les agréments et les avantages de l’union maçonnique.

On trouve à la toute dernière page du Rituel Murat

NOTA. Si pendant le banquet, un F:. désire chanter quelque cantique ou produire un morceau d’architect:. quelconque, il doit obtenir l’autorisation du Vén:. Le Vén.·. n’accordera l’autorisation qu’après avoir pris connaissance de cette production , et il indiquera le moment où le cantique pourra être chanté ou le morceau d’architecture entendu.

Dans le rituel Amiable (1887) , on trouve la mention suivante :

Puis, sans couvrir la batterie, les nouveaux officiers occupent leurs postes respectifs. Il est bon que le F:. Orat:. inaugure ses fonctions par un morceau d’architecture.

Par-contre, il semble établi que l’on ne parle pas de convocation, mais de planche de convocation, indiquant par là un écrit à caractère officiel.

Mais lire un morceau d’architecture pendant le banquet est-ce, ou n’est-ce pas le lire en tenue ?

A suivre………

J’ai dit

Laisser un commentaire