La Planche (2ème partie)

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V :.M :. 

Combien de fois n’avons-nous pas entendu des phrases dans le genre de celle- ci :
« Il faut rester aux agapes, car les agapes font partie de la tenue ».

Cette affirmation péremptoire mérite que l’on s’y arrête un instant.
Lors des dernières réflexions consacrées à « la Planche », j’avais fait observer que les « morceaux d’architecture », dont parle le Régulateur de 1801, étaient assez peu courants, et se déclamaient au moment des agapes et non en tenue.
Ceux qui ont eu la curiosité de consulter les « annales maçonniques Caillot» du début du XIXème siècle, trouverons un grand nombre de « planches » qui étaient lues en Loge, sans que cela soit à proprement parler des morceaux d’architecture. C’étaient plutôt des textes lus par des maçons éminents.
Exemples : 

Thory : rapport sur la visite de l’ambassadeur de Perse
Pradel : épitre en vers pour la fête donnée à Tivoli… 

Mais pas de travaux spécifiques à un grade , ni aucun travaux dits de « passage ».
Peut-être pourrions-nous estimer que le mot de « Planche » était réservé à ces interventions sommitales et légèrement grandiloquentes, et le mot de « morceau d’architecture » aux travaux plus personnels des FF:. de la Loge. 

Mais revenons à l’idée que les agapes seraient la poursuite naturelle de la Tenue.
On en trouve une justification dans les pratiques de nos Anciens. Quand on parcourt le Régulateur de 1801 , on lit dans le rituel de banquet : « Les travaux, qui avaient été suspendus reprennent force et vigueur » ; et pourtant il y a bien un rituel de fermeture de la tenue qui se termine par : « Tous font le signe d’apprenti , et l’on termine les travaux par la triple batterie et les triple Vivat ».
Donc si lors du banquet , dont la mise en scène et le rituel sont aussi strictement établis que ceux de la tenue proprement dite, on nous dit que les travaux reprennent force et vigueur, cela signifie que le Vénérable avait la possibilité de suspendre les travaux à la fin de la tenue et de les réactiver pendant le banquet.

Pourquoi faire cela ?
En dehors des tenues comportant des réceptions à un grade, les tenues « normales » étaient brèves. L’essentiel consistait en une ouverture , ressemblant à peu près à ce que nous faisons encore de nos jours ; puis venait la lecture de la planche tracée, la réception des F:. visiteurs, et la fermeture des travaux (18 lignes).
Tout cela ne prenait pas beaucoup de temps. Une suspension des travaux , pour une reprise en salle des banquets, permettait de donner un peu plus de corps à une tenue, et dans ce cas, on lisait à la fin du banquet, le rituel de fermeture qui est identique à celui de la tenue, ce qui est normal car tenue et banquet sont une seule et même chose. 

J’en viens à me poser une question.
Nous avons l’habitude, de nos jours, de rentrer en Loge vers 19h ou 20h. Nous n’avons pas trop d’indications sur l’horaire des tenues au XVIIIème et XIXème siècle. Peut-être avaient-elles lieu à d’autres moments de la journée . Si elle ne se terminaient pas au moment d’un déjeuner ou d’un dîner, on pouvait utiliser le rituel de fermeture classique de façon à libérer les FF:. pour d’autres occupations.
Par-contre, s’il était prévu qu’elles se terminent au moment d’un dîner ou d’un souper, le V:.M:. pouvait opter pour la formule avec suspension des travaux et fermeture en fin de banquet. Ce ne sont que des supputations, mais elles ne sont pas illogiques.
De nos jours, il est plus que rare d’entendre une tenue se terminer par une suspension de travaux, pour une reprise en salle humide. Partant de là, tenue et agapes sont des moments très séparés, et d’essence différente. Il n’y a pas d’obligation, stricto sensu, de lier les deux. Toutes et tous peuvent se retirer après la tenue sans assister aux agapes, sans qu’on puisse leur en faire grief.
Cependant, la tradition française impose cette présence comme un moment de convivialité essentielle à la cohésion d’une Loge, et ne pas y participer brise quelque peu le lien de nos mains dans la chaîne d’union.

J’ai dit. 

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