La divulgation « Les francs-maçons écrasés » de l’abbé LARUDAN – 1752

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On connaît relativement peu de choses sur la réalité des pratiques maçonniques de la première moitié du XVIIIe siècle, aussi bien en France qu’en Angleterre. Et nous connaissons peu de choses parce que les rituels n’étaient pas « nationaux », et surtout il y en avait très peu, car copiés de façon manuscrite et donc relativement chers.
Cette cherté explique que le texte était réduit au minimum et ne comportait que très peu d’indications sur les décors et la gestuelle ; de plus ils étaient  la propriété du Maître de la loge. Celui-ci étant quasiment vénérable Maître à vie jusqu’à ce que l’ordonnance de 1771 interdise cette pratique et introduisent le vote pour désigner le vénérable.

En fait, « ce que l’on sait » provient essentiellement des fuites dans le grand public, sous forme de livres, généralement publiés à Amsterdam ou en Suisse. Ce sont ces livres, entre autres, qui font partie de ce que l’on nomme les divulgations. D’une manière générale, toutes ces divulgations sont classées dans la catégorie de l’anti maçonnisme.
Cependant, ces divulgations ont un double mérite :
– le premier : dans l’absence de textes officiels, elles ont contribué d’une certaine façon à l’uniformisation des pratiques dans les trois premiers grades.
– le second :  c’est grâce à ces indiscrétions que l’on sait comment se déroulaient les tenues de cette période.
Les gestes et paroles y sont décrits avec abondance. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les auteurs de ces livres avaient tout intérêt à être le plus convaincant possible pour augmenter leur tirage. Ils devaient, en outre, être le plus près possible d’une certaine réalité sous peine de passer pour des charlatans.

Cette démarche est exactement l’inverse de celle de la diffusion de quelques rituels surtout après 1750 et l’apparition de ce qu’on appelle les loges-mères.
On peut citer les loges mère Saint Jean d’Écosse de Marseille, ou celle d’Avignon. Ces loges-mères ont engendré des loges filles auxquelles elles donnaient des rituels, ceux-ci n’étant que très faiblement diffusés, voire pas du tout, à l’extérieur des loges.
Pour accréditer leur démarche, ceux qui écrivent ces divulgations prétendent volontiers être des initiés, voire des anciens vénérables, ce qui est peu probable étant donné le caractère perpétuel de cette charge à cette époque.

Toutes ces affirmations d’appartenance donnent de la consistance au récit, et du poids au livre écrit. On peut dire que les divulgations ont largement contribué au développement de la franc-maçonnerie en Angleterre comme en France. C’est en Angleterre qu’on trouve la première divulgation sérieuse, sous le titre :  « la maçonnerie disséquée » de Samuel Prichard en 1730.
En France il faudra attendre une bonne dizaine d’années avant de voir apparaître les premières fuites importantes.
J’ai dit plus haut que généralement on les classait dans la catégorie de l’anti maçonnisme.
Même si elles décrivent à peu près des procédures réelles, elles ont toutes été influencées ou commandées par le pouvoir politique. Ce dernier pensait  décrédibiliser cette institution naissante (apparaissant déjà comme un contre-pouvoir aussi bien politique que religieux) par le biais de la divulgation de cérémonies qui étaient jugées par trop théâtrales et grotesques .
C’est sans doute pour cela, que dans les livres de cette époque l’accent est souvent mis sur les agapes et les libations des FF :., dont la réputation de « fêtards » n’était pas usurpée, à tel point que le roi Georges 1er avait dû demander au Grand Maître, le duc de Montaigu, de refréner les ardeurs festives des premiers Francs-maçons dont les exubérances alcoolisées, aussi bien dans les loges qu’au dehors, commençaient à faire jaser.
C’est sans doute pour cela que la tempérance a été inscrite dans bon nombre de rituel en tant qu’obligation pour les francs-maçons.

Ces divulgations, disais-je, ont fortement contribué à la diffusion des rituels, et peuvent être considéré comme une forme primitive de publicité, car contrairement au but recherché elles ont favorisé le recrutement de profanes.
À tel point d’ailleurs, qu’à ma connaissance, les obédiences d’alors, c’est-à-dire la Grande loge de France, puis le Grand Orient de France, ne se sont pas penchés sérieusement sur le problème. Elles n’ont pas été interdites, et condamnées très mollement.
J’en veux pour preuve ce que l’on peut considérer comme la fuite la plus importante : celle du régulateur du maçon de 1801. Dans ce régulateur sont livrés à la connaissance du public la totalité des rituels de 1785 pour les loges bleues, et ceux de 1784–1786 pour les quatre ordres des loges de perfection.
Le Grand Orient avait à l’époque condamné cette divulgation avec une très grande fermeté….très molle, puis s’en était accommodé, car il n’avait pas trouvé de moyen sérieux et secret de transmettre les rituels de loge, et ce bien sûr à un coût décent que seule une impression en grande quantité permettait d’obtenir.
Hélas, les marchands du 19ème et 20ème siècle se sont emparés des textes et ont apporté leur petite touche personnelle. Ce qui parfois dénature un peu la pureté du rite.

Si la plupart des divulgations du XVIIIe siècle sont de nature livresque, il en est une qui elle est plus amusante, car elle est issue du préfet Héraut qui était mandaté par le cardinal de Fleury pour pourchasser la franc-maçonnerie. Cette divulgation est l’œuvre d’une danseuse qui, sur l’oreiller, recueillait les confidences d’un gentilhomme franc-maçon et qui en informait le préfet de police afin d’assurer la tranquillité de son petit métier.

La divulgation dont nous parlerons ce soir est de loin la plus fallacieuse et la plus grotesque, c’est sans doute pour cela qu’elle est pratiquement inconnue du public, mais aussi d’une grande majorité de frères.

Il s’agit de la divulgation de l’Abbé Larudan, car tel est son nom d’auteur.
Cette personnalité est assez trouble ; évidemment il s’agit d’un pseudonyme mais on ne connaît pas son véritable nom, ou du moins on n’en est pas certain. Il pourrait s’agir d’un certain marquis de Pompone , diplomate de son état , dont le grand fait d’arme est d’avoir dérobé des documents à l’ambassadeur de Vienne.
L’abbé prétend avoir traduit du latin la divulgation de l’Abbé Pérau et l’avoir complétée par la suite, par ses propres révélations sous le nom de : l’ordre des francs-maçons écrasés pour mémoire le livre de l’Abbé Pérau se nommait l’ordre des francs-maçons trahis.
Le titre choisi par l’Abbé Larudan, puisqu’il faut l’appeler ainsi, était assez provocateur, et témoigne suffisamment de l’orientation du reste du livre et du public auquel il s’adresse.

Dans ce livre il y a grosso modo deux parties.
La première concerne l’origine de la franc-maçonnerie.

Pour notre abbé, le véritable fondateur de la franc-maçonnerie est Cromwell. Dans une Angleterre partagée en plusieurs courants de pensée – les royalistes, l’armée, les parlements – Cromwell a trouvé un terreau fertile en jonglant avec ces trois partis. Pour cela en 1648, il donna un repas avec des représentants de tous les partis en présence, et « après qu’on eut largement bu de part et d’autre (encore et toujours l’alcool), il leur adressa un discours sur le triste état où se trouvait l’Angleterre. Il leur fit ressortir tout ce que la nation avait à souffrir des différents dus à la religion et à la politique ». Cromwell est à la fois persuasif, manipulateur, et c’est un excellent orateur, à tel point qu’après différentes réunions, il parvint à concilier ses amis de tous les partis et de toutes les factions en lutte en Angleterre. Et pour consolider cela il fonda une sorte d’association sous forme d’un ordre qu’il appela une loge.
La franc-maçonnerie était créée !
L’Abbé Larudan décrit ainsi les débuts de cet ordre :
« Il fit venir ses amis et partisans et les enferma dans une pièce sombre, ensuite après de multiples prières, il déclara vouloir fonder une société pour rendre à Dieu le culte qui lui est dû, et à l’ Angleterre la paix qu’elle souhaite. »
Il prévoit une cérémonie identique à chaque arrivée de nouveaux membres. Il enferme ses amis parmi des fumigations d’encens, dans une pièce sombre, au milieu de prières sans fin.
Parmi ses amis il choisit cinq membres qu’il nomma ainsi : deux surveillants et un secrétaire, un orateur et un maître… (comme par hasard, ces Offices étaient inconnus à l’époque de Cromwell).
Puis il amène sa petite troupe dans un nouvel appartement où est représenté sur le plancher le temple de Salomon. Puis il les fait passer dans une autre pièce avec de nouvelles prières, puis encore une autre, ensuite il dépêche surveillants pour faire passer un bandeau sur les yeux des participants, puis les fait introduire dans une nouvelle chambre et là on leur donne la Lumière en ôtant les bandeaux. Ce cérémonial doit nous rappeler quelque chose.
Cromwell est décrit comme un être cruel et manipulateur.
Il n’hésite pas à se séparer de ses premiers compagnons en les excluant comme ça lui chante.

Évidemment cette description est faite pour décrédibiliser l’ordre, car comment prendre au sérieux quelque chose dirigée par un tel personnage qui n’hésite pas à aller même plus loin que la simple exclusion.
Et l’on voit, dans le texte de Larudan, intervenir le fameux Prichard. L’Abbé Larudan ne se formalise pas du fait que la divulgation de Prichard eut lieu quasiment 80 ans après la mort de Cromwell. Pour lui ça ne pose pas de problème.
Il raconte comment les maçons de Londres se sont vengés de cette divulgation en capturant Pritchard, en l’amenant de force au sein de la Grande loge de Londres ; dans la cour de celle-ci, ils lui ont arraché la langue, puis le cœur et ensuite ils le pendirent à un clou jusqu’à la fin de la tenue de la loge, après quoi le corps fut brûlé et les cendres dispersées au vent.
On voit bien que de telles divagations ne pouvaient qu’inspirer l’horreur des lecteurs au sujet de la franc-maçonnerie.

Il raconte ensuite le cas de l’Abbé Pérau et la menace de mort qui également pesait sur lui. Il raconte que lorsque l’Abbé voulut entrer en loge, il fut découvert et placé sous le tuyau d’une pompe à eau et après avoir reçu de nouveaux habits il fut contraint de subir la cérémonie de réception.

Ces deux exemples, bien évidemment, sont les reflets de la fantaisie délirante de notre Abbé, et de ceux qui l’ont inspiré.

La seconde partie de l’ouvrage concerne plus précisément la loge et les rituels soi-disant pratiqués.

Il commence par la description des lieux.
Toute la loge est de niveau, et divisée en quatre quartiers,
–   Dans le premier, il faut remarquer la porte (A) qui sépare le lieu consacrée celui des profanes. Elle est toujours fermée et gardée avec beaucoup de vigilance par deux Frères servants.
En (C) sont de petites chambres construites dans le coin du quartier. On les nomme obscures parce qu’elles sont sans lumière lorsqu’on conduit et qu’on y laisse l’aspirant.
–  (B) est l’entrée du second quartier, c’est une porte sans ferrure et sans garde. Des deux côtés sont les deux bains (O).
–  (E) est l’entrée du troisième quartier ; c’est celui qu’on regarde comme le plus sacré, où l’on délibère, et dans lequel se font les initiations et les promotions. Son entrée est gardée en dehors par deux Frères servants armés, et en dedans par un apprenti. La salle est fort spacieuse.
Dans le milieu (F), on dessine avec de la craie les emblèmes qu’on trouvera dans les planches. Ces figures sont ordinairement renfermées dans un carré long de huit pieds sur quatre de largeur. Tous les membres de la loge se placent autour.
–  (G) est l’entrée du dernier quartier , c’est celui des récréations . C’est une salle dont l’étendue et la situation fournissent les commodités pour l’usage auquel elle est destinée. Sa longueur est occupée par une table, que l’on couvre, et que l’on environne de chaises, toutes les fois que la société s’assemble.

Ensuite vient la description de la réception, avec en premier le stage de l’aspirant dans une chambre obscure ; on le laisse ainsi pendant une heure à peu près.
Un des membres de la société vient le trouver pour le faire entrer dans le deuxième quartier pour les ablutions purificatrices (un peu comme à Lourdes) et on lui remet des vêtements secs
Sans peut-être même s’en rendre compte, l’Abbé Larudan ajoute un grade de plus à la maçonnerie : il écrit, à propos de celui qui est chargé de cette tâche : « Il doit être inconnu à l’aspirant et être l’un des apprentis, ouvriers, maîtres ou écossais ».
Après des discours plus ou moins rassurants, on lui demande de retourner dans la chambre obscure pour se dépouiller de tous ses métaux .
Jusque-là, il n’y a pas vraiment de grandes extravagances.
Je ne sais pas ce qu’il mettait dans ses hosties, mais le brave Abbé poursuit dans un grand délire. Avec de nouveau un plongeon total dans un bassin d’eau froide, et une nouvelle remise de vêtements.
Cela se poursuit par une corde autour du cou, puis par un combat à l’épée contre un F:. qui est censé s’opposer à sa réception, et qui lui-même se bat contre un F:. favorable à sa réception.
Il s’ensuit une bataille effective à l’issue de laquelle, bien sûr, l’aspirant est victorieux car il a tué fictivement le « profane » et il est déclaré digne de rentrer dans la société.
Bizarrement le temple est orienté Sud-Nord dans la longueur, et Est-Ouest dans la largeur.

Mais le plus étrange reste à venir, et je ne résiste pas au plaisir de vous divulguer l’instruction des apprentis selon Larudan.

Instruction des apprentis selon la divulgation de l’abbé Larudan.

D. Êtes-vous franc-maçon ?
R. Les apprentis me connaissent.
D. Comment vous faites-vous connaître ?
R. En m’étranglant, en touchant et en bégayant.
D. Combien de voyages avez-vous fait.
R. Trois fois neuf.
D. Comment ?
R. Facilement, difficilement, et très difficilement.
D. Combien avez-vous surmonté d’obstacles ?
R. Une infinité.
D. Lesquels ?
R. Des rochers, des mers, des forêts.
D. Par la force de quoi ?
R. Par celle de ma lance.
D. Qui vous l’avait donnée ?
R. Un bon génie.
D. Contre qui vous en êtes-vous servi ?
R. Contre les mauvais génies.
D. D’où venez-vous ?
R. Du mal, de la fausseté, et de la perte.
D. Où allez-vous ?
R. Au bien, au vrai, à l’utile.
D. Qui vous le montre ?
R. Une lumière qui ne s’éteint point.
D. Qui est-ce qui allume et conserve cette Lumière ?
R. Le Grand Architecte.
D. Qui l’anime et la purifie ?
R. Le Sous-Architecte.
D. Avec quelle mouchette ?
R. Il ne se sert pour cela que de la raison.
D. Quel chemin est-ce que cette Lumière vous montre ?
R. Un chemin tout droit, mais qui passe par des montagnes et par des plaines.
D. Quelle est la forme des montagnes ?
R. La première est un carré allongé, la seconde n’offre à la vue qu’une surface simple, la troisième de même ; et entre ces montagnes, sont les plaines de Moïse.
D. Comment avez-vous passé la première montagne ?
R. Par un trou ouvert.
D. Et la seconde ?
R. Par un escalier de 12 degrés, qui conduisait à un autre trou ouvert.
D. Et la troisième ?
R. Par un escalier de cinq marches qui aboutissait à un trou fermé.
D. Qu’avez-vous trouvé dans la première plaine ?
R. Des prisons très obscures.
D. Et dans la seconde ?
R. Deux fleuves, un trou, deux colonnes, et un lavoir.
D. Et dans la troisième ?
R. Trois luminaires jetaient des rayons ; la lune qui se levait ; trois fenêtres ; un astre fort éclatant ; l’égalité ; le saint des saints ; l’esprit dont le souffle sépare le bien du mal ; la force ; la justice ; la sainteté.
D. Quelle heure est-il ?
R. La première d’un jour très brillant.
D. Comment est-ce que les apprentis veillent ?
R. En dormant.
D. Comment dorment-ils ?
R. En veillant.
D. Comment marchent-t-ils ?
R. En s’arrêtant.
D. Comment s’arrêtent-t-ils ?
R. En marchant.
D. Comment travaillent-ils ?
R. Sans rien faire.
D. Dans quel état sont-ils, quand ils ne font rien ?
R. Ils travaillent.
D. D’où vient l’aveuglement ?
R. De la faiblesse, de la volonté, et de l’ignorance.
D. D’où vient la Lumière ?
R. De la force, de la volonté, et de la sagesse.
D. D’où vient le bien ?
R. Des ailes.
D. Et l’utile ?
R. Du niveau.
D. D’où vient la justice ?
R. D’un vent qui souffle sur l’étoile.
D. Que signifie la colonne gauche ?
R. Un langage bégayant.
D. Et la droite ?
R. Je n’en sais rien
D. Que signifie le lavoir du portique ?
R. Le reste des ordures.
D. Et les deux lavoirs du coin ?
R. Il marque qu’on doit se nettoyer.
D. Que signifient les deux trous ouverts ?
R. Les endroits étroits par où il faut monter.
D. Et la lune qui se lève ?
R. La naissance de l’apprenti encore faible et pâle.
D. Que signifient les meubles de notre maison ?
R. La balance et les ailes.
D. Où avez-vous été reçu ?
R. Dans une lumière de la couleur d’argent.
D. D’où venez-vous ?
R. Des ténèbres de l’Égypte.
D. D’où vient le vent ?
R. Du Midi.
D. Sur quoi est fondé le saint des saints ?
R. Sur moi-même.
D. Et tous les bâtiments ?
R. Sur l’égalité et la liberté.
D. Avez-vous travaillé ?
R. Oui, mais mon travail a consisté à servir les ouvriers.
D. Dans quel temps travaillez-vous ?
R. Le jour, et cependant la nuit.
D. Combien de temps avez-vous travaillé ?
R. Jusqu’à ce que l’arithmétique fut parfaite.
D. Dans quel endroit est située le bâtiment ?
R. Dans les jardins du paradis terrestre.
D. Qui êtes-vous, et comment vous appelez-vous ?
R. Gabaon, père de Lupton, multiplié par la Lumière, sans femme, sans douleur d’accouchement, et qui élève des fils avec grand soin.
D. Comment bâtirez-vous un bâtiment ?
R. Par la force de l’Architecte, par la mienne, et par celle de la nature.
D. Comment le conserverez-vous ?
R. Par les mêmes moyens.
D. Quel en sera la figure ?
R. Il sera invisible.
D. Quel en sera la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur ?
R. Elles seront infinies.
D. Combien de temps durera-t-il ?
R. Autant que le Grand Architecte.
D. De combien de murailles est-il composé ?
R. De trois, la première est infinie en longueur, en largeur, et en profondeur ; la seconde est seulement longue et large ; et la troisième n’est que large.
D. Que marque-t-elle ?
R. Trois manières de bâtir.

Conclusion
Que penser de tout cela ?
La première partie est totalement fausse.
La maçonnerie remonte bien avant Cromwell ; en aucun cas il n’en est fondateur. Ce qui doit rassurer, d’une manière posthume, les Grands maîtres de son époque Inigo Jones puis Christopher Wren.
Que Cromwell s’en soit servi, c’est possible, mais aucun historien ni aucun auteur maçonnique de France ou d’Angleterre (notamment ceux qui participent aux travaux de la Loge de Recherche Anglaise : « Quatuor Coronati ») n’en n’a jamais parlé.
Pourtant ces balivernes ont recueilli un écho favorable auprès de Leo Taxil auteur à la fin du XIXème siècle, du plus gros canular que la franc-maçonnerie ait subi – l’affaire Diana Vaughan – mais le sujet est si vaste qu’il mériterait une planche ou plusieurs à lui tout seul.

La seconde partie est tout aussi fausse que la première,.
Les rituels évoqués par Larudan sont de pures inventions, même si de temps à autres on trouve des éléments qui peuvent être tirés des autres divulgations, comme par exemple « le parfait maçon » , divulgation des années 1740 dans laquelle apparaît le 4ème grade de Maître Ecossais.

Et pour terminer, je ne peux que rappeler que le nom même de l’abbé Larudan est faux, comme tout le reste. La finalité était de décrédibiliser la Franc-Maçonnerie en la présentant sous un aspect barbare et ridicule. Tout cela a probablement été écrit par un clerc de l’entourage de la hiérarchie catholique,  car n’oublions pas que la maçonnerie est condamnée par Clément XII dans la bulle « in emminenti », et en 1751 par Benoît XV dans la bulle « providas romanorum ».
Il ne faut pas passer sous silence le travail du cardinal de Fleury qui en 1737 interdit et pourchasse les francs-maçons et les cabaretiers qui les abritent, les considérant comme dangereux pour l’Etat.
Quoiqu’il en soit les divulgations sont un outil appréciable pour celui qui s’intéresse à l’histoire de la franc-Maçonnerie ; et même celle de l’abbé Larudan a quelque intérêt car elle emprunte des thèmes et des circonstances qui appartiennent à des grades de perfection qui étaient encore en gestation à cette époque.
J’ai dit

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