Compas et fleur de Lys ou les correspondances entre la maçonnerie et le scoutisme

Classé dans : Parole de Maçon | 0

Mon enfance et ma jeunesse furent marquées par le scoutisme : d’abord louveteau, puis scout, et enfin comme routier et chef dans différentes unités « Scout d’Europe » dans la Loire.
Si vous n’ignorez pas que le compas est l’un des outils symboliques de la franc-maçonnerie, il faut savoir que la fleur de lys entourée d’une corde blanche terminée par un nœud plat est le symbole mondial du scoutisme. La fleur de lys était le symbole utilisé dans les cartes anciennes pour situer le Nord. Elle indique donc une direction à suivre (celle qui vas vers le HAUT et droit au but, sans tourner à droit ni à gauche, ce qui serait revenir en arrière). Chaque mouvement scout porte un insigne différent mais qui comporte toujours une fleur de lys, symbole du scoutisme.
Il a souvent été dit et écrit que le Scoutisme avait été influencé par la Franc-Maçonnerie. Cette planche apportera certainement des éléments de réponse.
Je vous brosserais succinctement, dans une première partie, la naissance embrouillée de l’œuvre de BADEN-POWEL. Et en seconde partie, s’ils existent, quels sont les points communs entre la Franc-Maçonnerie et le Scoutisme ? Mais souvent comparaison n’est pas raison.

NAISSANCE DU SCOUTISME

En remontant le temps et mes souvenirs … j’entrevois une clairière à l’orée d’un bois, le soir tombe doucement, nous sommes réunis autour d’un feu de camp. La journée a été longue, les yeux brillent aussi bien de joie que de fatigue. Les scouts se sont couverts la tête de leur foulard, le feu crépite, la veillée peut débuter … Un CP (chef de patrouille) se lève … prend la parole pour vous conter le cheminement qui mena BADEN-POWELL à la naissance du mouvement scout.
Tout commence par l’histoire d’un enfant fils de pasteur protestant qui aimait à ramper en silence, à jouer dans la nature, à reconnaître sa route, à suivre des traces d’animaux, à allumer un feu facilement camouflable, à se cacher. Cet enfant se nommait BADEN-POWELL. Il devient un grand militaire, un général d’armée coloniale anglaise et surtout un pédagogue de génie … En 1900 pendant la guerre du Transvaal en Afrique du Sud, lors d’un siège qu’il eut à soutenir à Mafking contre les Boers (Hollandais), Baden Powell dut recruter de jeunes garçons désœuvrés qui trainaient dans les rues, pour leur confier des missions d’éclaireurs, d’estafettes. Ceux-ci s’en tirèrent fort bien et la ville fut sauvée… Acclamé en héros à son retour, de jeunes garçons lui demandèrent des conseils de vie par courrier. Prenant ces demandes au sérieux, il leur répondait d’abord de toujours chercher à faire une bonne action par jour (la B.A.). Vu l’intérêt qu’il avait éveillé chez nombre de jeunes, il tenta le premier camp de « scouting » sur l’ile de Browsea durant l’été 1907. Il y réunit une vingtaine de jeunes (10 fils de ses amis et 10 fils des employés et serviteurs de ceux-ci), autour de l’aventure en plein air et d’un idéal …. celui où le scout sur son honneur promet de faire de son mieux dans le cadre de sa vie de scout, mais aussi à la maison et tous les jours pour le plus grand service de Dieu et de la Patrie.
La même année (1907) le prix Nobel de la Littérature est remis à son ami Rudyard Kipling pour le « Livre de la Jungle ». Je parlerai plus loin des liens réunissant BiPi (Baden-Powell) avec le Frère maçon Kipling.
1717 : fondation de la Grande Loge de Londres. 1907 : premier camp scout. Oh surprise, beaucoup de « 7 » dans ces deux dates. Semble-t-il rien de symbolique, mais facile à retenir.
Les résultats furent jugés excellents par BADEN-POWELL et par les garçons. Les principes du scoutisme et la loi scout sont édictés dans le livre « Scouting for Boys » (traduit en français sur le titre « Eclaireurs ») écrit par B.P. en 1908.

Le but du scoutisme est d’élever le niveau général de ceux qui seraient les citoyens de demain. Plus précisément il donnera 5 buts (La relation à soi , la relation à son corps, la relation aux autres, la relation à la nature, et la relation à Dieu ou à la spiritualité). Les activités reposent sur le principe du JEU EDUCATIF, de l’amusement qui amène insensiblement l’enfant à s’instruire lui-même. De plus en agissant sur les chefs naturels des bandes, on agira également sur l’avenir des garçons (système des patrouilles). Le contact avec la nature est indispensable pour parvenir à cette nouvelle méthode d’éducation.
Les 10 articles de la loi scout sont positifs – il n’y a pas d’interdictions, et ils proposent une règle de vie que le garçon promet de mettre en pratique de son mieux dans sa propre vie lorsqu’il prononce sa promesse. Avec la promesse, B.P. intègre au scoutisme une dimension essentielle : La transcendance, le sacré. Pour B.P. Dieu est une référence absolue, avec la Patrie et l’obligation d’obéir à la loi morale. Trois « piliers » incontournables dans le scoutisme anglo-saxon et dans le scoutisme dit « traditionnel » dont les Scouts d’Europe font partie.
Il donne aussi une organisation : les plus jeunes de 8 à 11 ans – les LOUVETEAUX, ensuite de 12 à 17 ans – les SCOUTS avec des patrouilles de 8 enfants, enfin  les ROUTIERS de 17 ans et plus.

Depuis l’application des lois contre les congrégations de 1901 et surtout la loi de séparation des Eglise et de l’Etat de décembre 1905, l’Eglise Catholique a le sentiment d’être attaquée sur tous les fronts. Et c’est un fait que les anticléricaux et les francs-maçons ne lui font aucun cadeau.  
Pour les associations antimaçonniques, souvent liées au monde catholique, la jeunesse et son éducation représentent un enjeu important. Si un général anglais a créé une nouvelle structure un peu étrange pour la jeunesse, religieusement assez laxiste ou permissive (pas d’aumônier désigné par le diocèse), et encouragée par les protestants, c’est bien qu’il y a danger pour les œuvres de jeunesses chrétiennes et autres patronages catholiques. Ainsi les Scouts de France rencontreront de vives oppositions dans une fraction du clergé catholique jusqu’en 1939.
Comme pour la franc-maçonnerie, l’Eglise romaine a toujours eu des difficultés pour accepter ce qu’elle ne contrôle pas.  Elle interdira à ses fidèles de mettre leurs enfants chez les scouts. De nombreux évêques interdiront le scoutisme (au début des années 20) ou par la suite gêneront son développement dans leur diocèse. Cette association de jeunes venue d’Angleterre, un pays hostile au Pape, lui semblait suspecte.
« Nous supplions nos amis de repousser énergiquement cette société [les Eclaireurs de France] qui n’est qu’une franc-maçonnerie déguisée pour enfants. (…) Nous adjurons nos amis qui seraient invités à soutenir cette œuvre de la combattre énergiquement (…) Leur but [celui des fondateurs du scoutisme] est d’enlever l’adolescence à l’Eglise catholique et de préparer des générations de futurs francs-maçons.» C’est en ces termes inquiets que la revue catholique « l’IDÉAL » présente le scoutisme dans son numéro d’octobre 1912. Même la place que le scoutisme accorde à la nature semble bien suspecte aux catholiques. N’est-ce pas tout simplement un retour au courant philosophique qu’est le « naturalisme » s’opposant à l’existence de Dieu.
Cependant en 1913, un jésuite, le père Caye écrivait dans la célèbre revue « ETUDES », au sujet de la promesse scoute, « Je ne vois rien ici (dans la promesse) qui rappelle le serment maçonnique avec l’absolu et le mystère de ses exigences. ».
D’un autre point de vue, en 1924, un religieux lié à « la Sapinière » (organisme secret de religieux intégristes) prépare un dossier très argumenté en vue d’aboutir à la condamnation du scoutisme par Rome. Il tente de démontrer comment le scoutisme n’est qu’une création de la « Société Théosophique », organisation ésotérique empruntant au bouddhisme et à la franc-maçonnerie. La tentative échouera mais inquiétera vivement les scouts catholiques.

Mes Sœurs, je n’oublie pas qu’en 1912 devant le succès du scoutisme, les filles voulurent être Scout. Lord Baden-Powell of Gilwell et sa sœur Agnès publient, tous deux « Handbook for Girl Guides », et mettent sur pied la branche féminine du mouvement : les GUIDES.
Mais en ce début du XXème siècle, pas question d’unité mixte : Scout-Guide ou Guide-Scout. Et c’est la même chose pour beaucoup d’obédiences maçonniques anglaises.  Je comprends mieux le trait d’humour d’Oscar Wild qui disait : « En Angleterre rien n’est fait pour les femmes, même pas les hommes».
La veillée est terminée, j’enlève mon foulard et revêt mon tablier de Maçon pour inventorier, en deuxième partie de planche, l’influence qu’a pu avoir la franc-maçonnerie sur le scoutisme.

LE COMPAS ET LA FLEUR DE LYS

Il est fascinant d’analyser et de comparer les objectifs et idéaux des deux « fraternités ».
Une étude du vocabulaire des deux mouvements montre certaines ressemblances :
Un Scout doit :
– S’engager devant Dieu,
– Etre loyal envers son Pays,
– Aider son prochain,

Un Maçon que je situerais géographiquement au Royaume-Uni, doit :
– Croire en un Etre Supérieur « Le Grand Architecte de l’Univers », souvent croire en Dieu,
– Obéir aux lois de son Pays,
– Pratiquer le Charité et l’Amour Fraternel.
Les trois étapes de progression chez les scouts sont : Aspirant à la promesse, scout de 2ème classe et scout de 1ère classe, qui permettent à l’enfant de mesurer sa progression personnelle. Ne sont-elles pas un « copier-coller » des trois grades maçonniques : apprenti, compagnon et Maître ?
Les bras croisés devant lui, chaque scout donne la main à ses voisins au moment de la fin d’un grand rassemblement, comme les Jamboree. Ce cérémonial s’accompagne en général du chant des Adieux. Cette chaine d’union symbolise l’union fraternelle de tous les scouts autour du monde. 
Le Frère qui se met « à l’ordre » se trouve dans une position physique, mais surtout mentale, où il devient apte à recevoir la lumière. Le scout qui se met en position « d’être prêt » apporte le plus de lumière possible aux autres. Et cela ne s’improvise pas, il faut avoir au préalable travaillé sur soi. On ne donne pas ce que l’on n’a pas.

Tout ceci rappelle les signes extérieurs de la maçonnerie. Mais qu’en est-il des éléments plus « intérieurs » …
La méthode scoute de l’éducation n’était pas très « orthodoxe » par rapport à la stricte éducation victorienne. Concrètement B.P. attire les jeune gens (de 12 à 17 ans), les place dans la nature sous la direction d’un chef à peine plus  âgé qu’eux, et ils apprennent par eux-mêmes, en dehors des cadres habituels, à se débrouiller : bien connaître la nature, y survivre, y dormir, y manger, tout en développant des connaissances et des dons pour servir de mieux en mieux son prochain.
Une éducation assez ésotérique surtout dans les moyens d’y parvenir. Le scoutisme propose à l’enfant de s’emparer lui-même de la règle morale et de l’intérioriser ; les enfants sont pris comme moyens et comme but de l’éducation. En ce début du XXe siècle où la société britannique cantonnait les adolescents entre morale rigide et interdits de toute sorte…. « Oh my God, it’s shocking ! »
La Franc-Maçonnerie fait la même chose de ses membres. Matière première et outil, le franc-maçon est le produit de son travail.
Pour pouvoir bénéficier du scoutisme en tant que pédagogie éducative, les différentes religions et tous les pays ont créé des mouvements scouts particuliers : Il y a ainsi des scouts protestants, catholiques, juifs, musulmans, bouddhiste, sans confession, et des scouts « neutres ». Un peu comme chez les Francs-Maçons.
Le terme « Frère » est universel. Chaque garçon qui devient scout est reçu dans la Fraternité Mondiale du Scoutisme dès qu’il prononce sa promesse. D’où le parallèle avec l’homme qui prononce son serment et qui est reçu comme Frère Maçon.
Article 4 de la loi scout « Le scout est l’ami de tous, et le frère de tout autre scout ».
Comme en maçonnerie, un signe de fraternité est le tutoiement (c’est assez naturel entre frères). Pas de « triples bises » chez les scouts – pas très « viriles » pour des adolescents.
L’uniforme scout avec le chapeau à quatre bosses ressemble beaucoup à celui de la Police Sud-Africaine que dirigeait BADEN-POWELL  ; il s’agissait pour lui de s’habiller de manière fonctionnelle et de symboliser aussi et surtout la fraternité, car l’uniforme une fois adopté universellement supprime toutes les barrières de classe et de frontière.
Comme la Franc-maçonnerie, les mouvements scouts sont interdits dans les pays totalitaires et remplacés par des mouvements de jeunesses – « Hitler jugend » ou « jeunesses communistes ».
Le jargon maçonnique est parfois aussi obscur que celui pratiqué dans les camps scout – un exemple : traduire en « français » la phrase suivante : « Au troisième coup de Koudou rassemblement au Krall pour CT et CP avec leurs staffs. »
Il semblerait d’après les biographes de B.P. (comme Philippe Maxence) que Robert BADEN-POWELL n’était pas Franc-maçon, au contraire de son jeune frère David BADEN-POWELL ou de  l’un de ses meilleurs amis, Kipling. Ils étaient eux des maçons anglais.
La Fleur de Lys symbole du scoutisme ne figure pas dans les symboles maçonniques.
Un scout enfilera des gants blancs lorsqu’il sera « porte-étendard » ou encore quand il manipulera les pavillons pour la montée ou la descente des couleurs. Ici les gants blancs sont plus un héritage « militaire » que « maçonnique ».
Quand jeune chef scout je participais à un camp école dit MAC LAREN (haut dirigeant scout qui était Franc-maçon) pour obtenir mon diplôme ou BAFA de directeur de colonie de vacances, je n’ai pas été initié au « rite écossais ».

FRERE KIPLING :

BADEN-POWELL est nommé jeune lieutenant de cavalerie et son régiment le 13eHussard part pour les Indes. A Bombay, il rencontre alors, un jeune garçon de 11 ans, et ils deviennent amis – c’est Rudyard KIPLING – puisqu’ils sont tous deux de la même société, du même milieu (anglais aux Indes).
BADEN-POWELL s’est inspiré de deux ouvrages de KIPLING pour forger La pédagogie des plus jeunes du mouvement, que l’on nomme les LOUVETEAUX,
– Le « Livre de la Jungle» (Mowgli perdu dans le jungle est recueilli par Akéla la mère louve et sa meute ; « Le Petit d’homme » grâce à la compagnie des loups va sauver les autres hommes qui l’on abandonné et tuer Sherkan qui sème la mort dans le village),
– Mais surtout du roman « Kim» (l’histoire d’un jeune indien en apprentissage chez un sage).
Ils sont par excellence des ouvrages initiatiques.
Grâce à B.P. et KIPLING on retrouve dans le scoutisme les débuts des vertus d’une éducation à destination de toutes les classes sociales, y compris défavorisées et les plus faibles ; et l’on connait l’importance des classes dans l’Empire britannique de l’ère victorienne, comme les castes en Inde, pays d’origine de KIPLING. Mais KIPLING ne sort pas non plus ces valeurs de son chapeau tel le magicien un lapin. L’écrivain était un ardent franc-maçon, initié en Inde à l’âge de vingt ans dans la loge de son père. A cet égard Mowgli illustre le parfait scout (ou par extension l’idéal que défend son cousin Maçon) : toujours serviable, sans vice, il met sa vie en danger pour sauver les autres. 
Ainsi donc Kipling participa avec B.P. à la fondation du mouvement scout, dont il deviendra d’ailleurs commissaire général. Il publie en 1923 un livre intitulé « Contes de terre et de mer pour scouts et guides ».

POUR CONCLURE :

En Angleterre, la Franc-maçonnerie fait partie de l’ordre établi, de l’establishment… Etre franc-maçon en Angleterre revient donc à marquer son incorporation à la haute société, à afficher un certain standing. Ainsi toute une partie du cérémonial scout semble venir en droite ligne de la Franc-maçonnerie anglaise – cette Franc-maçonnerie anglaise du XXème siècle puisant à différentes sources, dont celles des rituels des loges militaires, ou encore de l’histoire romancé des Templiers et de la Chevalerie.
B.P. n’a pas introduit des éléments de la franc-maçonnerie dans le scoutisme ; il a seulement copié des modèles qui lui étaient familiers, comme la fréquentation des loges franc-maçonnes dans les régiments où il a servi. Le scoutisme n’a pas été créé par la franc-maçonnerie pour combattre l’Eglise catholique ou « protestaniser » la jeunesse. Dans les deux cas, des jeunes ou des adultes se sont rassemblés, pour à la fois venir en aide aux autres, et pour se développer sur le plan personnel. Il n’est donc pas étonnant que malgré leurs différences, leurs routes comportent un tronçon commun.
Le scoutisme comme la maçonnerie sont à la recherche d’une perfection à atteindre… et dans las deux cas, cette quête d’un idéal a porté beaucoup de fruits, des femmes et des hommes exemplaires.
En définitive il n’est ni infamant ni inquiétant pour le scoutisme d’avoir eu quelques Francs-Maçons comme parrains, bien au contraire.

J’ai dit
P :.B :.
Ou
F.S.S.
Panda D…  

Laisser un commentaire